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Monument des Mobiles de la Charente


Auteur, Architecte ou Maître d'œuvre : Raoul Vernet


catégorie : Monument
Communes GA : Angoulême
Epoque : XIXe siècle
Etat : Restauré XXIe
Genre : Statuaire

Le monument :

Description

Le monument se présente sous la forme d’une haute pyramide funéraire portant gravées sous les armes et la devise de la ville d’Angoulême les noms de 661 victimes Charentaises de la guerre de 1870-71 : « Officiers, Sous-Officiers, Caporaux et Soldats » appartenant pour la presque totalité au 18e régiment des Mobiles. Au pied du monument une femme veille, il s’agit de l’allégorie de la France armée. Assise et farouche dans son voile de grand deuil, elle est vêtue d’une cuirasse et s’appuie sur une large épée ornée d’une croix de Lorraine. Le bouclier tout proche porte en son centre le nom de « Patrie  » et repose sur la branche coupée d’un chêne. Une plaque de bronze posée au sol rappelle le voyage et l’hommage rendu en 1890 par les survivants de cette guerre sur les tombes des charentais inhumés sur le front.


Histoire

Le monument est l’oeuvre du sculpteur Raoul Verlet qui remporte le concours à l’unanimité. L’inauguration se déroule le 27 novembre 1887. Il est installé à l’origine dans le square de l’Hôtel de Ville, à proximité de l’entrée du donjon et appuyé sur un ancien vestige du château aujourd’hui disparu3. Entouré d’une belle grille et orné d’une multitude de gerbes, le monument des Mobiles est ensuite transféré dans les années trente autour de l’église Saint-Martial et à nouveau en 1958 dans les jardins de l’hôtel de ville à son emplacement actuel. La maquette2, donnée à la ville d’Angoulême en 1927 par la veuve de l’artiste, appartient aujourd’hui aux collections du musée d’Angoulême.


Renaissance

Victime de nombreux actes de vandalisme, plusieurs fois restauré et à nouveau détérioré, le monument des Mobiles vient de faire l’objet d’une remarquable restauration. La pyramide et la statue ont été nettoyées. Le sculpteur Francis Demonsais4 a redonné à l’oeuvre toute son unité en rétablissant l’épée brisée, les bras tombés. Les noms étant devenus peu lisibles en raison du salpêtre, il a été décidé d’en reporter la liste sur deux plaques modernes. L’ancienne grille qui protégeait le monument à l’origine et qui avait été enlevée il y a fort longtemps vient d’être remplacée par une nouvelle. Enfin l’installation d’un éclairage va permettre également à cette œuvre de retrouver toute sa place dans les jardins Kennedy. Angoulême tenait ainsi à rendre hommage à la mémoire de ces hommes morts pour la France.

La Guerre de 1870-71 et les charentais du 18e Mobiles.

Après les désastres subis par l’armée française en deux mois de guerre, notamment à Sedan, il est urgent d’appeler des hommes au combat. Ce sont les mobiles, sortes de réservistes, qui vont se battre à partir de septembre 1870. Pour le département de la Charente, ils sont 3150 hommes misérablement vêtus et équipés. Trente paires de chaussures pour cent soldats et pas de manteau !

Ils se baptisèrent d’ailleurs « le régiment des mendiants ». Parmi les plus de 600 victimes charentaises que fit cette guerre , une centaine seulement moururent au combat, les autres ont succombé aux maladies, à la malnutrition, à la famine et au froid.

Le 7 septembre 1870, le préfet de la Charente, Babaud-Laribière, nommé par le nouveau gouvernement, affirme que la Patrie est en danger et déclare : « Que tous les hommes valides accourent sous les drapeaux. à défaut de piques, de fourches... levez-vous en masse comme en 1792 !  » Il faut mobiliser les charentais pour faire échec aux allemands qui ont envahi le pays.

L’organisation de la garde mobile est vite achevée. Les trains de soldats partent. Les 3 bataillons de Mobiles de la Charente sont regroupés et prennent le nom de 18e régiment des Mobiles. Ces hommes rejoignent rapidement Nevers où ils intègrent le quinzième corps d’armée. Ils se battront dans le Loiret et mettront l’ennemi en fuite avant de rejoindre l’Est et d’y guerroyer dans d’épouvantables conditions climatiques. L’hiver 70/71 fut en effet l’un des plus froids du XIXe siècle. Malgré les secours envoyés par les villes d’Angoulême et de Cognac, les Mobiles de la Charente connaîtront l’enfer. Les morts dont les noms figurent sur le monument d’Angoulême (661 hommes10) vont mourir sur le sol de plusieurs communes françaises notamment à Chambon dans le Loiret, le 30 novembre 1870. Deux monuments sont élevés à leur mémoire dans cette commune. Les autres mobiles tomberont dans le massif des Vosges et du Jura non loin de Montbeliard, qu’ils contribuèrent à reprendre. En janvier 1871, eut lieu le combat de Sainte-Marie ou plusieurs charentais reposent. Un monument financé par « l’oeuvre des tombes » rappelle d’ailleurs le souvenir des soldats charentais morts sur le sol de cette petite commune. à Saint-Julien, deux mobiles sont également inhumés, à Montenois les troupes campèrent avant de se précipiter sur l’ennemi et d’être tuées. Enfin à Sainte-Suzanne, sur le plateau dominant Montbeliard, fut livré un célèbre duel d’artillerie. Au Mont Chevis reposent de très nombreux charentais. Les soldats du 18e Mobiles vont aussi périr à Béthoncourt. Parmi eux, le capitaine de Marcellus et le lieutenant des Roches de Chassay. En 1890, lors d’un déplacement des anciens combattants sur les tombes de leurs camarades du 18e Mobiles, le maire de Sainte-Marie déclara : « Mobiles de la Charente vous n’avez pas failli à votre devoir. Non le spectacle de vos misères et l’exemple que vous avez donné ne s’effacera jamais du souvenir de ceux qui vous ont vus à l’oeuvre  » .

La Guerre franco-allemande de 1870-71 ( 19 juillet 1870 - 10 mai 1871 )

Cette guerre opposa le Second Empire Français et les Royaumes Allemands rassemblés derrière la Prusse. Elle entraîna la chute de Napoléon III et la proclamation de l’Empire Allemand au Palais de Versailles.

Mal préparés, très inférieurs en nombre et mal commandés, les français furent battus dans plusieurs batailles. Le 2 septembre, à Sedan, l’empereur Napoléon III était fait prisonnier et deux jours plus tard la IIIe République proclamée à Paris. Un armistice fut signé le 28 janvier 1871. Le traité de paix franco-allemand du 26 février, confirmé dans le Traité de Francfort en mai, obligea la France à céder trois départements de l’Alsace-Lorraine à l’Allemagne et à payer une indemnité de guerre de 5 milliards de francs. La garde nationale et des ouvriers de Paris refusèrent d’accepter la défaite et prirent le contrôle de la capitale en mars 1871. « La Commune de Paris  » et son gouvernement insurrectionnel furent écrasés deux mois plus tard par les armées versaillaises du nouveau chef du gouvernement français, Adolphe Thiers. Les troupes allemandes occupèrent une partie du pays jusqu’en 1873, date de la fin du versement des indemnités. Cette guerre et ses conséquences laissèrent en France un fort sentiment de revanche qui prendra toute sa dimension lors de la Première Guerre Mondiale.


Article de Florent Gaillard, écrit en 2007 à l’occasion de la rénovation du monument.

Portfolio

Documents joints


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